POLAS BENIN texte

Polaroïds BENIN

D’une manière générale, tout voyage nécessite une certaine préparation non seulement physique, mais également une mise en condition psychologique. Nous devons nous débarrasser de certains clichés, évacuer des lieux communs, rendre en quelque sorte l’esprit “libre”, le décanter pour devenir le plus clair,  le plus réceptif possible. Faire le vide en quelque sorte afin de pouvoir mettre les bonnes distances, les meilleures attitudes, le juste cadrage.

C’était donc le cas pour ces deux voyages au Bénin. Avec en ligne de mire pour un “street photographer” des impératifs presque antithétiques, celui de ne pas dérober des images non voulues par l’autre, histoire de ne pas voler “l’âme des gens” mais ne pas non plus figer des poses convenues, inexpressives. Bref risquer de faire des photos sans âme, rester à la surface insensible des gens et des choses, avoir la sourde et désagréable sensation de manquer son rendez-vous avec l’Afrique.

Le Bénin est le berceau du Vaudou et bien des guides et des gens vous diront qu’il faut être extrêmement précautionneux avec la photographie pour ne pas être mal perçu et susciter l’animosité, ne pas créer de malentendu, de malaise, d’incompréhension! C’est un exercice infiniment délicat et périlleux!

A ce titre, l’appareil “Polaroïd” se révèle être un allié extraordinaire, miraculeux, et j’ose le dire“magique”. Car rien n’est plus frustrant pour un adepte de l’argentique que de ne pas montrer  les photos, de ne pas les donner directement aux principaux intéressés. Souvenez vous du livre “La goutte d’Or” de Michel Tournier où ce petit berger va jusqu’à Paris pour récupérer une photo de lui prise par une touriste en plein désert marocain! J’ai d’ailleurs, à plusieurs occasions, été rappelé à l’ordre, lorsque je n’avais pas le bon appareil, par des gens qui disaient “que nous autres, nous prenions des photos mais que nous les montrions et les donnions jamais!”

Là, grâce à lui, j’ai pu partager les originaux avec les protagonistes, leur restituer leur image. Quel privilège et quelle immense joie de pouvoir le faire de manière instantanée! l’idée même que la personne photographiée détient “l’original” quelque part en Afrique m’enchante également au plus haut point. Sans compter le bonheur de voir leurs visages s’éclairer d’un large sourire et la satisfaction de gagner leur confiance, leur amitié. Je me souviens d’enfants disparaissant dans la brousse en courant avec la photo, un guide retournant sur une île pour donner la photo à une maman…

Le fait de pouvoir récupérer par la suite les négatifs, de les avoir retravaillés pour exposer ce travail relève un peu de la cerise sur le gâteau ou pour rester dans le domaine de la photo,  The icing on the cake”.*

Les photos présentées donc ici ne valent que si vous pouvez percevoir et ressentir le fil invisible qui nous relie à l’Afrique. Tout part de là me semble-t-il!

Le glaçage sur le gâteau*

par Mathieu DO DUC

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