{"id":806,"date":"2014-11-05T23:03:39","date_gmt":"2014-11-05T22:03:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.do-duc.fr\/wordpress\/?p=806"},"modified":"2015-06-19T19:53:15","modified_gmt":"2015-06-19T18:53:15","slug":"expo-vietnam-39","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/?p=806","title":{"rendered":"Vietnam 39 Texte"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Vietnam 39 ans apr\u00e8s<\/h2>\n<blockquote><p>\u00a0\u00ab Un long trajet vers un grand pays<br \/>\naux serrures compliqu\u00e9es.<br \/>\nTout y rouille sauf le ciel \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Paul Eluard, in <span style=\"text-decoration: underline;\">Les songes toujours immobiles<\/span>, p 929 Donner \u00e0 voir<\/p>\n<blockquote><p>\u00a0\u00ab\u00a0Pour voir la terre il faut voir<br \/>\nl\u2019homme et ses enfants hors d\u2019\u00e2ge\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Paul Eluard, <span style=\"text-decoration: underline;\">Po\u00e9sie et V\u00e9rit\u00e9<\/span>, p 1118<!--more--><\/p>\n<p>39 ans avant de revoir un Pays. Tant d\u2019ann\u00e9es d\u2019absence, de distance, d\u2019indiff\u00e9rence\u00a0 ou de d\u00e9tachement feints, d\u2019exil salutaire fatalement accept\u00e9, assum\u00e9 au point de n\u2019\u00eatre plus en surface qu\u2019un simple voyageur, un \u00ab\u00a0\u00e9trange \u00e9tranger\u00a0\u00bb (1) en sa propre terre, sur son sol natal, en ses propres souvenirs.<\/p>\n<p>Retourner au pays, c\u2019est rentrer non pas chez soi mais en soi, si loin que l\u2019on risque de s\u2019y \u00e9chouer. Aller envers et contre soi, se rencontrer pour s\u2019oublier soi, dispara\u00eetre, ne plus exister pour soi mais simplement \u00eatre l\u00e0, oublier qu\u2019on \u00e9tait en sursis de soi, en danger de soi.<\/p>\n<p>Retourner, c\u2019est repartir sur les territoires lointains d\u2019une m\u00e9moire en jach\u00e8re, \u00e0 contre courant d\u2019une terre en devenir, d\u2019un peuple en marche forc\u00e9e \u00e0 l\u2019assaut de son in\u00e9luctable destin, dans son d\u00e9fi contre le poids d\u2019un pass\u00e9 peupl\u00e9 de fant\u00f4mes d\u2019une guerre sans fin.<\/p>\n<p>Retourner, c\u2019est caresser le r\u00eave d\u2019une tortue g\u00e9ante sans \u00e2ge, dans un fr\u00eale esquif de nuages et d\u2019illusions perdues dans le fracas des vagues.<\/p>\n<p>C\u2019est parsemer de souvenirs d\u2019enfants une plage sans cesse balay\u00e9e par la houle des jours terriblement ordinaires. Remuer avec r\u00e9signation et douleur ces galets enfouis dans la naissance d\u2019un sourire, d\u2019un geste, d\u2019une odeur, d\u2019une sensation, d\u2019un regard, d\u2019un vide, d\u2019un rien qui r\u00e9veilleront en nous le bruissement imperceptible d\u2019une cicatrice qui affleure.<\/p>\n<p>Retourner aux sources peut-\u00eatre pour renaitre \u00e0 l\u2019envi, aller plus en avant vers d\u2019autres horizons de montagnes bleues et d\u2019eaux vertes\u2026 Embrasser goulument chaque larme de vie et chaque goutte d\u2019eau (2), de ros\u00e9e qui s\u2019offrent \u00e0 nos l\u00e8vres pour \u00e9tancher la soif des heures, des jours, des mois et des errances \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Retourner, c\u2019est \u00ab\u00a0labourer\u00a0\u00bb \u00e0 nouveau pour mettre en semence les graines d\u2019un futur sans remord, sans doute ni regret.<\/p>\n<p>Cependant, \u00a0une question parmi mille autres s\u2019impose\u00a0: Comment retourner au pays et parler aux hommes nouveaux avec les mots anciens de l\u2019enfant qu\u2019on a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre mais qui est l\u00e0, blotti contre la vitre du pass\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Avant de partir, songer \u00e0 se pr\u00e9munir contre ces atteintes du temps, ces \u00e9treintes du pass\u00e9, ces pincements de c\u0153ur, ces acc\u00e8s de f\u00e9brilit\u00e9 qui distordent la perception objective des faits, des choses, des gens et des actes. Vider sa t\u00eate d\u2019images d\u2019Epinal, de nostalgie post indochinoise, de visions idylliques des brochures touristiques pour \u00eatres en mal d\u2019exotisme. Ne pas s\u2019encombrer de cet \u00ab\u00a0asiatisme\u00a0\u00bb de bazar empes\u00e9 trop parfaitement ajust\u00e9 \u00e0 l\u2019air de temps. Mettre aussi en veille ses propres souvenirs qui n\u2019ont de cesse de flirter avec les rives cruelles de l\u2019amn\u00e9sie de nos nuits d\u2019insomnie.<\/p>\n<p>Bref voyager l\u00e9ger et r\u00e9ceptif, ultra sensible aux moindres vibrations, aux moindres variations, aux moindres d\u00e9pressions, au moindre souffle de l\u2019\u00e2me. Mais surtout ne pas juger pour pouvoir recueillir, ne pas imposer pour ne pas s\u2019exposer, rester neutre mais non sans voix int\u00e9rieure pour ne pas d\u00e9river dans le silence assourdissant du temps qui fuit, qui enveloppe tout d\u2019une rouille tenace, y compris les souvenirs, y compris les racines, y compris les bourgeons pr\u00e9matur\u00e9s d\u2019un printemps que l\u2019on croyait pr\u00e9coce, y compris le ciel\u2026<\/p>\n<p>On s\u2019imagine capable de dominer et on est submerg\u00e9, chahut\u00e9. On pense contr\u00f4ler et on est malmen\u00e9. On esp\u00e8re \u00eatre maitre et on est vou\u00e9 \u00e0 subir la loi du vide, la fureur de l\u2019oubli, le poids de la diff\u00e9rence, les assauts de l\u2019indiff\u00e9rence. Alors on se raccroche en plein naufrage, en pleine temp\u00eate \u00e0 son appareil photo, on se r\u00e9fugie tant bien que mal derri\u00e8re l\u2019objectif pour s\u2019arracher les yeux et le c\u0153ur pour quelques images qui surprendront ou au mieux suspendront, peut \u00eatre, l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se faisait d\u2019un pays qui n\u2019est plus celui d\u2019o\u00f9 l\u2019on vient mais bien celui d\u2019o\u00f9 l\u2019on nait, celui d\u2019o\u00f9 l\u2019on est plus que par fragments de m\u00e9moire, par \u00e9clats, par indices, imperceptibles f\u00ealures de l\u2019\u00e2me. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, on fouille chaque regard, chaque visage, chaque attitude \u00e0 l\u2019affut d\u2019une lueur, d\u2019un rayon m\u00eame infimes, qui \u00e9claireront ces nuits \u00e0 venir o\u00f9 le sommeil, on le sent bien, jouera \u00a0\u00e0 cache-cache, \u00e0 qui perd gagne. Car c\u2019est certain, l\u2019autre est bien un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb en qui nous d\u00e9sirons projeter une indulgence sans partage tant il est vrai qu\u2019il sera \u00e0 jamais notre Vrai- semblable.<\/p>\n<p>Ce pays tant d\u00e9sir\u00e9 au del\u00e0 des mots du c\u0153ur<\/p>\n<p>Des maux de chair, des mots dits sans col\u00e8re, sans ranc\u0153ur, sans amertume.<\/p>\n<p>D\u00e9mons indompt\u00e9s, \u00e9garements solitaires \u00a0qui resurgissent\u00a0 parfois en cascade, apais\u00e9s seulement par le bleu nuit d\u2019un regard d\u2019enfant, crois\u00e9 au d\u00e9tour d\u2019un chemin de montagne, le visage \u00e0 moiti\u00e9 lov\u00e9 dans une feuille de bananier sur laquelle perle la pluie.<\/p>\n<p>Un pays d\u2019o\u00f9 l\u2019on ne serait en d\u00e9finitive jamais parti mais d\u00e9sormais d\u00e9livr\u00e9, absous de je sais quelle faute originelle.<\/p>\n<p>En attendant que ne remonte \u00e0 la surface le doux aigre gout des mangoustans.<\/p>\n<p>Se r\u00e9concilier avec l\u2019eau, avec les larmes de ma m\u00e8re lorsqu\u2019une tante d\u2019une voix tremblante se mit \u00e0 chanter \u00ab\u00a0j\u2019attendrai ton retour\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Garder en soi la br\u00fblure toujours vive d\u2019un retour inachev\u00e9 \u00e0 jamais et continuer de sourire malgr\u00e9 tout, seule r\u00e9ponse au temps qui passe.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/?p=677\">Vietnam 39<\/a><\/p>\n<p>(1) Jacques Pr\u00e9vert<\/p>\n<p>(2) En vietnamien, pays se dit \u00ab\u00a0eau\u00a0\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Vietnam 39 ans apr\u00e8s \u00a0\u00ab Un long trajet vers un grand pays aux serrures compliqu\u00e9es. Tout y rouille sauf le ciel \u00bb Paul Eluard, in Les songes toujours immobiles, p 929 Donner \u00e0 voir \u00a0\u00ab\u00a0Pour voir la terre il faut voir l\u2019homme et ses enfants hors d\u2019\u00e2ge\u00a0\u00bb Paul Eluard, Po\u00e9sie et V\u00e9rit\u00e9, p 1118<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1,10],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/806"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=806"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/806\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2909,"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/806\/revisions\/2909"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=806"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=806"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mathieu.do-duc.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=806"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}